Des Tunisiens accusés d’avoir trompé la BCM et l’implication présumée d’un ancien conseiller à la présidence (audio)

Juin 17, 2021 by deyloul

Taqadoumy a obtenu des documents et des enregistrements prouvant l’implication de l’ancien conseiller à la présidence mauritanienne, Mohamed Lemine Ould Dadde, alias « Salem », qui est mentionné dans les enregistrements en tant que membre du conseil d’administration de la BCM, de même que d’autres personnes impliquées dans le dossier « Nouvelle Banque de Mauritanie » (NBM).

L’affaire remonte à un groupe d’investisseurs et d’hommes d’affaires mauritaniens, tunisiens et égyptiens qui ont soumis à la la Banque centrale de Mauritanie une demande d’achat de la nouvelle Banque de Mauritanie. Il est à rappeler que la « Holding Financière Abdelli », que les rapports de police mauritanienne accusent de fraudes à l’échelle internationale, avait signé le contrat d’achat de la banque auprès de son directeur, Abdel Baghi en mai 2019.

Mais ils ont été accusés par l’administration de la Banque centrale d’avoir falsifié un document sur le papier à en-tête de la Banque centrale avec le sceau du gouverneur, Cheikh El-Kébir Ould Moulay Taher. Document qui indique que la BCM reconnaît que cette société dispose d’une garantie financière auprès d’elle.

L’étape suivante consistait à présenter ce document à la BCM afin de donner à la « Holding Financière Abdelli » la décharge de réception du document. Ce qui permettrait aux participants de tromper les investisseurs à l’étranger pour leur faire croire qu’ils ont les liquidités nécessaires pour participer au rachat de la NBM.

Détails de l’affaire :

Le 16-09-2020, une tunisienne répondant au nom de Narguis Bouraoui Al-Khal fit la rencontre d’un homme appelé Ibrahim Al-Abdelli en Tunisie. Celui-ci lui fit part de son intention d’acheter la « Nouvelle Banque de Mauritanie » via sa société en Mauritanie (le Groupe Holding Financière Abdelli) et il lui proposa en conséquence de travailler en commun. Ils s’étaient mis d’accord après qu’il lui eut envoyé un document indiquant que la BCM avait procédé à une enquête sur ses capitaux et en avait confirmé la légitimité – selon la déclaration de Narguis à la police mauritanienne – et lui demanda de soumettre ce document à la BCM afin de délivrer une décharge qui en faisait foi.

Narguis vint en Mauritanie le 02/10/2020. Elle se présentait comme professeur universitaire ayant démissionné de son poste en Tunisie pour ouvrir en Mauritanie un bureau d’études et de conseil.
Le 05/11/2020, en compagnie d’un ami mauritanien, elle alla à la BCM en vue de soumettre les documents en sa possession au bureau d’ordre – selon ce qu’elle avait dit à la police.
Pour tenter d’accélérer l’approbation du dossier, elle consulta une employée de la BCM au sujet du document soumis.
Elle lui demanda si le nom inscrit sur le papier était celui du gouverneur actuel de la BCM, et l’interrogea sur l’authenticité du cachet.
L’employée lui répondit par l’affirmative.
Puis elle lui demanda de s’assurer de la réalité du virement financier indiqué dans le papier, s’il était effectivement arrivé ou non. Le lendemain, il lui avait été dit que la BCM n’avait trouvé aucune trace de l’original du papier en question et que personne dans la banque n’avait d’informations sur le sujet.

Le mardi 16 novembre 2020, la direction de la BCM avait découvert que le document était falsifié. La police avait été immédiatement appelée pour suivre l’affaire. La police – avec l’aide de la banque – l’avait attirée vers la BCM. Elle se présenta, en compagnie d’un avocat avec qui elle entretenait une relation de travail. Quelle surprise de constater la présence d’une équipe de policiers devant elle ! La police conduisit la suspecte au Commissariat, en compagnie de l’avocat, et lui affirma que le document présenté à la BCM était un faux.

Ensuite, l’avocat entra en contact avec Ibrahim Abdelli, pour s’enquérir de la source du document. Celui-ci répondit qu’il tenait le papier d’un Égyptien nommé Ikram Ibrahim Dassougi (supposé être l’un des interlocuteurs dans les enregistrements joints à cet article). Ce dernier, à son tour, avoua, après réticence, comme il ressort de ses messages vocaux, qu’il tient le document d’un mauritanien qui travaille comme conseiller à la Présidence de la République appelé « Ould Dadde ».

Sur la base de ces données – selon les rapports de police – l’intéressée, l’universitaire tunisienne, a été arrêtée et placée en garde à vue théorique, après information du procureur de la République.

Il est à noter qu’à toutes les étapes de cette enquête sur le faux document, le conseiller à la présidence, Mohamed Lemine Ould Dadde, n’a été convoqué, ni interrogé, pas plus que le supposé « Salem » dont le nom figure dans les enregistrements de l’interlocuteur égyptien, appelé « Ikram Ibrahim Dassoughi », et encore moins d’autres hauts responsables qui, du fait des enregistrements, seraient probablement impliqués dans la falsification de documents. Et pas que… !\

Audio :
Le tunisien s’adressant à l’égyptien :
– Bienvenue, Dr Akram. Je voudrais me renseigner sur les modalités de communication avec le Monsieur qui vous a envoyé le papier de la Banque Centrale de Mauritanie (BCM) pour arranger les choses. Pour que chacun soit abordé avec respect que les droits de tous soient garantis. En un mot, qui est la personnalité qui vous a adressé cette correspondance ? Avec mes vifs remerciements.
L’égyptien répondant au tunisien :
– Pardon, il demande à ce que son nom ne soit pas évoqué. Il s’agit d’un document officiel, réel. A quoi cela servirait-il, du moment que vous possédez le document, qui est là [entre vos mains] ? L’important, c’est que tout est là et les papiers sont là. Pourquoi insistez-vous pour savoir qui… Moi, c’est moi qui ai amené le papier. D’accord ? C’est moi qui l’ai amené à ma façon. Voilà.
Le tunisien à l’égyptien :
– Bien, Dr Akram. Mais, on ne va pas maintenant se cache des choses. Quand tu m’as envoyé cette correspondance, de façon officielle, c’est que les choses sont claires, il n’y a donc pas le moindre doute. Mais, qui est ce Monsieur ? L’arrivant ira là [en Mauritanie]. Il sera reçu par lui [ce Monsieur]. On veut savoir qui est ce Monsieur, même s’il s’agit d’une grande personnalité ? Nous… ha… rencontrons des personnalités. C’est nécessaire, c’est même son droit. Du moment qu’il t’a envoyé ce papier, il faut que nous le sachions qui c’est. Tu m’as envoyé ce document, sur la base de la renommée de cette personnalité, selon tes propos. Qui est cette personnalité ? Donne-nous son nom. Nous traitons avec tous. Il faut que nous sachions qui est la source, qui est la personnalité, de qui il s’agit. Tu m’as compris ? Dieu te bénisse. Avec mes vifs remerciements.
L’égyptien au tunisien :
– L’important, pour toi, c’est que les choses sont là et le papier est là. Pourquoi insister pour savoir qui… Moi ! C’est moi qui ai amené le papier. Comment ? Je l’ai amenée à ma manière.
L’égyptien au tunisien :
– Comment vas-tu, Monsieur. Et la santé ? Un avocat international m’accompagne. En fait, il s’agit d’un grand avocat. On a parlé de devises et de choses de ce genre. « Il m’a dit qu’il y a une loi internationale qui détermine les devises, en particulier quand [il y a partenariat] entre le secteur privé et des institutions gouvernementales. Il m’a dit que ces devises sont accessibles au secteur privé et sont déposées de telle manière. 1% ou quelque chose de cet ordre ? Il dit que non. Car, il existe de nombreux contrats en rapport, qui présentent des noms différents. 5% ou 10% ? Il dit oui, mais l’appellation peut changer, [selon les cas]. Deuxièmement, cela varie d’une institution, d’une société à l’autre. Suivant l’importance des capitaux, les montants, les taux, 5 ou 10% diffèrent. Car il y a entrée [de devises] et le nom de [de la transaction, on devra le changer] ». En réponse à un avocat de votre trempe, je dis, d’accord.
L’égyptien à quelqu’un :
– Monsieur … Ce personnage, à ce que je sache, est l’interface du plus grand personnage du pays. OK ? Il m’a dit : « Traite avec Zouzi ». Il m’a passé Zouzi au téléphone et ce dernier ira avec moi, etc. Ne me dis pas « Je sais ». Et puis, Monsieur Ibrahimi n’amènera rien de la Banque Centrale. Il dit qu’il y a des sensibilités que je me souvienne, que je demande quelque choses à la Banque Centrale. Tu vois ce que je veux dire ? J’ai beaucoup à faire avec lui, au fait. Il m’a dit, en personne, à deux reprises, qu’il y a des sensibilités que je parle à la BCM pour demander quelque chose. OK,
L’égyptien 1 à un homme :
– Non, il [Monsieur Ibrahimi] n’est pas lié à Salem. Ce Salem est un membre du conseil d’administration de la BCM et est conseiller du [gouverneur de la BCM]. C’est à lui [à Salem] que nous adresserons la demande. Ta société lui soumettra une demande libellée comme tu les vois [suivant le modèle en ta possession]. Tu demandes conseil à la banque [la BCM], car il y a des investisseurs avec toi qui entreront dans tel ou tel investissement. Mais, ce n’est lui qui amène ces choses. La deuxième personne avec qui je traite s’appelle Ould Dadde. C’est lui le principal personnage qui sera avec nous incha Allah. Je t’enverrai d’autres informations. OK ? Ok, mon cher. Bye, bye.
L’égyptien 1 à Naima, une femme :
– Au fait, nous voulons écrire en ton nom, une lettre, agissant au nom du conseil d’administration de ta société, pour l’achat d’une banque, en Mauritanie, et l’investissement dont je t’ai parlé. Je t’ai envoyé le nom du président du conseil d’administration de la banque en question et celui du conseiller du président.

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